la femme tortue

Cantilène de Touktouba (publication 2010)

ALNA édition théâtrale publication 2010

Touktouba, femme khoïkhoï a quitté son pays "au sud de la grande terre". Elle croit qu’elle va devenir une grande artiste admirée par les européens, qu’elle va épouser un blanc... Dans un long chant mélancolique et poétique, elle dévide le fil de la descente aux enfers d’un être en décalage complet avec la société qu’il affronte.

Le fil narratif de la pièce est directement en rapport avec l’histoire de Saartjie Baartmann, le fameuse Vénus hottentote (début XIXe) exposée vivante puis morte au regard curieux des européens en quête d’exotisme sexuel. Une version en anglais est à disposition sur demande (traduction Philippe Rouyer, agrégé d’anglais, professeur émérite Université Bordeaux III .

Sept personnages (deux femmes blanches, une femme arabe, deux femme noires, un homme blanc et un homme noir)

Extrait : SARAH MAGHRÉBINE.- What are you looking at ? il a dit l’Aventurier. Maintenant il parlait en anglais. Sun j’ai demandé. SUN ? je criais presque. - Well then SUN ? il m’a demandé. Je ne savais pas dire la phrase entière where did the sun go ? Alors j’ai juste montré la forme et l’endroit où ça se trouve normalement le soleil. Et je continuais : here SUN where SUN SUN ? Oh, il a dit, it’s over. There’s no sun, it’s winter still, it’s natural. Et il faisait des grands gestes pour montrer qu’il n’y en a plus. Natural et winter je ne savais pas ce que ça voulait dire. J’ai cru qu’il avait dit que le soleil était mort et j’ai pensé c’est bien fait pour toi mais en même temps j’étais malheureuse parce que je comprenais que ce n’était pas mon pays où le bateau allait accoster bientôt. Alors écoute il a dit en me touchant la poitrine du bout de son index now you are Sarah indeed ? Ça j’ai compris du premier coup. Je ne sais pas comment mais j’ai compris que s’il me donnait encore un autre nom c’était mauvais signe. Sarah il disait en tapant sur ma poitrine. Sarah all right ? Touktouba j’ai répondu. Touktouba Touktouba. Je le regardais dans les yeux et je mettais ma main sur ma poitrine : Touktouba Touktouba. Touktouba Touktouba je criais presque et je pleurais je crois. Alors il a tapé sur mon épaule en disant Well well Sarah. You’re Sarah, All right !