la femme tortue

la voz quebrada

Une visite dans l’Espagne de Franco nous invite à repenser le travail de mémoire. Dans quel silence se sont-elles murées, celles qui ont combattu du côté de la République et que la Phalange n’a pas épargnées ? Et comment rompre leur mutisme sans être obscène ? C’est la question que se pose une femme artiste peintre, fille de républicains espagnols exilés, qui a enduré le silence d’une mère balafrée de cicatrices étranges qui ne disaient pas leur origine.

La voz quebrada a été présentée pour la première fois en avril 2011 à La Forge (33640 Portets) au sein du spectacle Histoires sous la toile. (Cf. rubrique mise en scène), puis au Festival d’Avignon dans le cadre de la manifestation "Du neuf" organisée par les EAT en collaboration avec À mots découverts.

Correctrice espagnol : Nadège Patissou-Garcia.

Le texte fait partie d’un ensemble de pièces courtes inédites Pièces courtes à tête de mort.

Extrait :

LUI.- Pourquoi est-ce que c’est toujours des visages ?

ELLE.- Porque eso es lo que me viene a mí. Este horror al mutismo.

LUI.- Mutisme voulu ou imposé ?

ELLE.- Primero se calla para proteger a los suyos. Luego, se callará por las circunstancias o más bien causa de los acontecimientos. Mi hermana mayor, no dijo nada de sus dudas, de su temor a ser una hija de puta. Prefería ahogar su certitud en el alcohol.

LUI.- Pourquoi tu ne le dis pas en français, tout ça ?

ELLE.- Parce que c’est l’histoire de ma famille. Entonces cuento mi mierda en la lengua de mi familia. Y eso porque tú me haces hablar.

LUI.- Mais quand même il y a un moment où il faut dire clairement les…

ELLE.- Elegí a la pintura para no usar las palabras, a lo mejor también para dejar una duda sobre lo que muestra. Tú puedes traducir… (Regardant ce qu’elle peint) C’est trop dégueulasse, ce qu’il y a derrière pour le dire comme ça. Il faut un filtre.

LUI.- C’est important, non ?

ELLE.- Pues, tradúcelo si tú quieres pero yo no puedo decirlo de otro modo que en mi lengua… Ademas no es mi lengua, es la lengua de mis padres, pero no puedo contarlo de otra manera... ou avec le pinceau.

LUI se retourne vers le public, il est un peu gêné, il sent qu’il vole cette autorisation, il traduit très vite et de façon très neutre.- Elle peint toujours la même histoire, celle de sa famille, de sa mère et puis… Elle parlait de sa sœur ainée aussi, que celle-ci pensait être une fille de put… c’est ça ? (Elle acquiesce avec un sourire) qu’elle buvait aussi…

ELLE.- Ha muerto, pillada por un coche, en la carretera nacional, no muy lejos de aquí. Nunca se supo si se había tirado bajo las ruedas adredes. Es lo que pienso yo. Aunque estaba borracha como siempre.


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